Note d’intention de Rainer Gross pour le Manoir de Kernault


« La construction de lattes fabriquées par une machine renvoie à son origine matérielle, et, en même temps, le noir de sa surface brûlée à la prochaine phase inévitable d’un cycle éternel : naissance, croissance, appropriation pour l’utilisation par l’homme, destruction et désintégration.


Le projet envisagé est inspiré par le caractère « transitoire » de ce site historique, oscillant entre nature et architecture, entre « le sauvage » et « la culture ». Avec l’aide d’éléments existants et la métaphore de l’eau, les deux installations marquent une zone de transition entre l’extérieur et l’intérieur, entre l’éphémère et le durable.


La première structure est placée au dessus de l’ancien lavoir dans le parc du manoir. Ce bassin, qui s’intègre dans un système de régulation indispensable à l’agriculture, utilise un ruisseau canalisé rejoignant, en aval, le Dourdu. En contrebas d’un petit pont, deux murets parallèles se rejoignent par un arrondi fermé en son centre par une écluse. Celle-ci permet la montée et l’évacuation des eaux.


La construction en lattes de bois, telle qu’elle est pensée, est une installation-objet qui par sa forme et sa couleur se détache de son milieu tout en lui faisant écho. Cette « sculpture », qui reprend le plan du lavoir (en sens inverse) est placée en oblique sur le muret du petit pont. L’arrondi et les murs rectilignes à sa base se transforment vers le haut en contours ondulatoires. Le volume ainsi créé surplombe le lavoir et dépasse légèrement sur le chemin du pont. Le spectateur qui se penche en avant pour y entrer se retrouve dans un espace isolé qui dirige le regard à l’horizontale vers le ruisseau à travers champs, et en haut vers le ciel qui se reflète dans l’eau courante du bassin.


La deuxième intervention est un faisceau de lattes noires qui dessine un mouvement sculptural dans l’espace. Tel un geyser, cette installation jaillit du puits situé dans la cour du manoir, entre dans le grenier du bâtiment au premier étage, ressort de l’autre côté, décrit une courbe dans le vide pour revenir dans la cour en franchissant la grille de la clôture, fait un grand « saut » sur la pelouse avant de rentre par une fenêtre au rez-de-chaussée dans le « Ti Krampouz », l’ancienne crêperie. Ici, elle bouge en spirale, avant de disparaître dans l’ouverture du foyer. Sortant du foyer au sol se trouve un bassin peu profond en forme de lavoir dans lequel l’eau stagne et reflète le tracé du faisceau ainsi que « trou lumineux du ciel » au bout du conduit de cheminée.


Ce projet offre une expérience sculpturale tout en activant la charge mémorielle du lieu. Il joue avec une inversion de notre conception spatiale et invite le spectateur à un voyage contemplatif. D’un côté, il crée un espace de méditation au-dessus de l’eau courante, de l’autre il relie d’une trajectoire dynamique des éléments morts : une source tarie (le puits) et la cheminée éteinte. Dans un double jeu de mots, le titre n’indique pas seulement ces éléments-clé du projet, il évoque également la sagesse de l’Orient ancien : entre la source et l’au-delà, c’est le chemin qui est le but. »













 







Rainer Gross, projet pour Cheminer l’eau de la source, 2011, Manoir de Kernault

Manoir de Kernault - 29300 Mellac. Tél.: +33 (0)2 98 71 90 60, exposition à partir du 31 mai 2011.
Domaine de Kerguéhennec - 56500 Bignan, du 26 juin au 25 septembre 2011.
L’art dans les chapelles, chapelle Saint-Nicolas à Pluméliau (56930), du 8 juillet au 8 septembre 2011.

Rainer Gross a également, dans le cadre d’une coproduction avec Chemins du patrimoine en Finistère, deux autres projets en Bretagne, dans le Morbihan, l’un au Domaine de Kerguéhennec et l’autre à la Chapelle Saint-Nicolas à Pluméliau, dans le cadre de la manifestation L’art dans les chapelles.


Note d’intention de Rainer Gross pour le Domaine de Kerguéhennec (56500 Bignan)

« Au bout»


Il est basé sur le dialogue avec deux arbres gigantesques et l’apparent paradoxe d’une figure géométrique remarquable : le ruban de Möbius. Les deux séquoias ne présentent pas de ramifications jusqu’à une hauteur de 16 mètres. Leurs troncs juxtaposés se dressent dans le ciel comme deux énormes colonnes. Au sol, entre les deux, se trouve une bande mince de lattes noires. Sa largeur correspond à la distance entre les deux troncs, sa longueur approximativement à la hauteur combinée des deux arbres. En se contorsionnant, la bande crée une sculpture avec plusieurs ouvertures en forme de tunnel.


Cette forme en volume est une visualisation de la bande de Möbius dans l’espace. En topologie, le ruban de Möbius est une surface qui ne possède qu’une seule face et qu’un seul bord.


Cette installation sculpturale crée un dialogue captivant entre son mouvement sinueux (dynamique et flexible) et la verticalité (statique et rigide) des arbres. L’élan des troncs vers le haut dialogue avec le ruban. Ce qui en résulte est un jeu de contrastes : force vitale de la croissance et contre-forces inévitables, qui tendent vers le bas, hauteur limitée et mouvement sans fin, finitude et éternel renouvellement…


L’installation est visitable : on peut y entrer et même la traverser. Ainsi, le spectateur devient son propre metteur en scène. En changeant sa position, il se crée de nouvelles perspectives : à l’horizontale, vers le château et le paysage, ou vers le haut, vers les cimes des arbres et le ciel.


Note d’intention de Rainer Gross pour la chapelle Saint-Nicolas à Pluméliau (56930)


Mon projet pour la chapelle se concentre entièrement sur la situation ici et maintenant. Ce projet n'a tout d’abord pas d’autre objectif que de transmettre une expérience spatiale et de créer un contrepoids visuel au milieu environnant chargé d’histoire en prenant possession d’une grande partie de l’espace intérieur et en transformant la chapelle dans son ensemble en un environnement sculptural.


L’installation, composée de lattes attachées entre elles, relie l’entrée inondée de lumière à une ouverture située dans un mur de la nef. Cette structure linéaire s’amincit tout au long de sa progression. Elle consiste au début en deux « bras » assez puissants enroulés l’un contre l’autre. Le visiteur, dès son entrée dans la chapelle, est happé par eux et entraîné comme par un tourbillon jusqu’au milieu de l’église. Là, les deux parties s’unissent en un seul assemblage qui s’élance dans la nef en faisant des pirouettes avant de disparaître dans un trou noir.


Le visiteur est en même temps spectateur et acteur : de nouvelles et changeantes perspectives et configurations s’ouvrent à lui au fur et à mesure de son avancée dans la chapelle, en premier lieu sur le plan sculptural mais aussi en ce qui concerne le cadre historique et sa teneur symbolique. Le mouvement dans l’espace peut également inciter à réfléchir au temps qui passe. L’installation va alors au-delà d’un simple spectacle tridimensionnel de l’époque actuelle. Dans un dialogue avec le bâtiment, elle se transforme par le biais de la force de l’imagination en une surface de projection dans le passé et dans l’avenir.



Rainer Gross, Projet pour la chapelle Saint-Nicolas à Pluméliau - L’Art dans les chapelles

© ArtCatalyse / Marika Prévosto 2012. Tous droits réservés

Installations de Rainer Gross en Bretagne

Archives expositions personnelles France

  Installations de Rainer Gross en Bretagne
  Manoir de Kernault  
  A partir du 31 mai 2011

Archives expositions personnelles (G)