Archives expositions personnelles France

Bertrand Gadenne est avec Jean-Christophe Norman l’invité pour l’été des tours et remparts d’Aigues Mortes, dans le cadre de la manifestation Ulysse, L’Original, relais en Languedoc-Roussillon de la manifestation Ulysses, développée également dans deux autres régions, en Bretagne et Midi-Pyrénées dans le cadre des Pléiades, l’anniversaire des 30 ans des Fonds régionaux d’art contemporain.


Texte de Emmanuel Latreille, commissaire général des expositions Ulysse, L’Original


Bertrand Gadenne met souvent en lumière un étrange bestiaire composé du Hibou, de Papillons, de l’Aigle, du Rat, d’Escargots, de Serpents... Les animaux projetés par l’artiste sont des apparitions. Leur présence est fragile, éblouissante et éphémère, ils semblent surgir d’un temps immémorial. Ce sont des animaux-signes, des présages, des augures aussi. C’est-à-dire, pour le moins, des questions posées à notre sentiment de la réalité : en se détachant du fond noir de l’espace, en prenant appui sur la nuit, ces images font irruption dans la conscience par le puissant effet de mimétisme que permet le film. Et pourtant, les animaux représentés ne sont jamais à leur taille réelle, c’est ce qui leur confère cette dimension « mythologique » si étrange et si fascinante dans l’art de Bertrand Gadenne.














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  Installations vidéo de Bertrand Gadenne

  Tours et remparts d’Aigues-Mortes

  23.04 - 31.10.2013

Exposition du 23 avril au 31 octobre 2013. Tours et remparts d’Aigues Mortes Centre des Monuments nationaux, Logis du Gouverneur - 30220 Aigues-Mortes. Tél.: +33 (0)4 66 53 61 55. Ouverture de mai à août de 10h à 19h, septembre-octobre de 10h à 17h30.


© ArtCatalyse / Marika Prévosto 2013. Tous droits réservés

Depuis toujours, l’Image accompagne le Texte. Les mots ne racontent pas le monde sans ces puissantes « dénominations » que sont les images elles-mêmes. C’est, au premier abord, L’Odyssée d’Homère, davantage que James Joyce, que voudront évoquer les projections de Gadenne à Aigues-Mortes. Un parcours d’errance dans les Tours confirmera d’abord l’omniprésence de l’eau et de la mer pour la Cité, une mer à comprendre dans l’ambivalence de sa fonction de lien et de sa puissance destructrice (Poséidon, l’ennemi juré d’Ulysse, qu’il veut empêcher de rentrer chez lui, combattant les efforts contraires d’Athéna pour sauver l’homme en prise avec une Mère imprévisible). Il mettra ensuite le visiteur face au Hibou : pour les Grecs, la chouette symbolisait précisément la déesse Athéna, qui accompagne Ulysse et qui, apparaissant parfois dans la brume ou la nuit, lui apporte clairvoyance et sagesse au milieu des périls. (Présente sur les pièces de monnaie athéniennes, la chouette, était aussi symbole de richesse et d’abondance, et son survol de l’armée grecque avant une bataille, un présage de victoire.)


À l’inverse, la culture chrétienne considère le Hibou dans un tout autre sens : la destruction de Babel, la ville de toutes les langues réunies et harmonisées, est annoncée dans la Bible par cette sombre prophétie : « et leurs maisons seront remplies de chouettes ! » La projection du Hibou de Bertrand Gadenne marquera alors une défiance à l’égard du Texte de la Cité, et fera vaciller tout rêve d’une pacification entre les langues, prenant acte de cette « guerre » dont James Joyce reprendra l’enjeu divin dans son ultime ouvrage, Finnegans Wake : « He War » y serait inscrit à propos de Celui qui, de tous temps, « fut », Dieu (cf. Jacques Derrida, op. cit. p.16).


Le visiteur croisera d’autres animaux « imaginés » par Bertrand Gadenne. Ne mentionnons ici que le Renard, l’animal de la Ruse ! Est rusé comme un renard, celui qui sait jouer avec l’apparence (combien de fois Ulysse change-t-il d’apparence au cours de son exil ?), ou qui ne découvre jamais ses passions ou ses pensées secrètes, parvenant à les masquer derrière une apparence plus inoffensive qu’agressive (le Prince de Machiavel fera ainsi la part belle au Renard…). Le Renard sera alors une allégorie de l’art de Gadenne lui-même, qui ne nous éblouit de belles images que pour nous introduire, à notre insu, dans le monde des significations complexes touchant à la vie, à l’incertitude de ce qui se cache derrière la belle surface du visible.

Bertrand Gadenne a auparavant présenté L'Eau-2013, installation vidéo, à La Tour du Valat, pour Ulysses-Ellipse du 5 avril au 3 mai.


Bertrand Gadenne, vidéaste et photographe, s’est fait remarquer en ménageant des apparitions sur les vitrines de magasins inoccupés. Ces commerces, transformés en boîtes à images, recelaient des images fixes ou animées d’animaux ou des petites saynètes fictionnelles. Un moment d’arrêt dans le parcours de la ville, une interpellation lumineuse.

Aujourd’hui, lorsqu’il expose, il continue de solliciter le visiteur, lui permettant d’interrompre le faisceau de la projection pour faire de son corps l’écran de projection à un papillon, une présence. Poétique, mystérieux, Bertrand Gadenne aménage des moments du réel, les habitant avec des animaux hors d’échelle. Son bestiaire observe autant qu’il est regardé, un jeu de dedans et de dehors qui bénéficie de la monumentalité de certains dispositifs dans l’espace public comme dans l’espace d’exposition. Bertrand Gadenne en devient un habitant grâce à ses projections.

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